DALCHER, Christina - Vox Dystopie 350p
Dans une Amérique devenue ultraconservatrice, les femmes n’ont plus le droit de prononcer plus de cent mots par jour. Un bracelet électronique compte chaque parole et inflige des décharges en cas de dépassement. Linguistique de formation, Jean McClellan voit sa vie et celle de sa fille se réduire au silence, tandis que le langage, instrument de pensée et de liberté, devient un outil de contrôle politique. Lorsque le régime a besoin de son expertise scientifique pour résoudre une crise nationale, Jean se retrouve au cœur d’un système qu’elle abhorre.
Entre dystopie politique et thriller psychologique, Vox rejoue la partition bien connue de La Servante écarlate, avec cette délicate impression de déjà vu qui n’empêche jamais le patriarcat de se sentir inventif. On y retrouve un monde où le silence des femmes est érigé en projet politique, porté par un masculinisme parfaitement à l’aise dans une culture patriarcale qui n’a jamais cessé de se croire naturelle.
Dalcher n’exagère pas : elle compile. Elle assemble des idées que l’on entend déjà sur les plateaux, dans les forums, dans les tribunes inquiètes pour l’avenir… des hommes. Et c’est précisément ce réalisme qui rend le roman inconfortable. La dystopie n’est pas un avertissement lointain, c’est une extrapolation paresseusement crédible.
Le roman Vox n’explique donc pas pourquoi le féminisme existe : il démontre pourquoi il ne peut pas se permettre de faiblir. Face à un masculinisme qui se victimize en permanence tout en rêvant d’un monde muet, la vigilance n’est pas une option morale, c’est une nécessité politique.
DI FULVIO, Lucca- Le soleil des rebelles ❤️ Roman historique 960p
Chaque fois que je lis Di Fulvio, je suis touchée par la tendresse et la profondeur de ses personnages, toujours subtilement attachants.
L’an de grâce 1407. Le jeune prince Marcus n’est encore qu’un enfant lorsqu’il assiste, impuissant, au massacre de toute sa famille. Il ne doit la vie qu’à Eloisa, la fille d’Agnete, la lavandière du village, qui le recueille et l’élève comme son propre fils.
Autour d’eux, le royaume vacille. Les rebelles, dispersés mais déterminés, se rassemblent peu à peu. Di Fulvio décrit avec force cette époque traversée de peur et de misère, mais aussi animée d’une ferveur têtue : une rumeur court dans les campagnes, murmurant que « le soleil revient toujours pour ceux qui refusent de plier ».
DI FULVIO, Lucca - Mamma Roma Roman historique 690p
Une histoire que j’ai trouvée moins captivante que Le soleil des rebelles, mais qui éclaire admirablement la manière dont Rome est devenue la capitale de l’Italie. Et, comme toujours avec Di Fulvio, j’ai retrouvé cette profondeur humaine qui rend ses personnages si attachants.
Italie, 1870. Un orphelin décidé à changer le monde avec son appareil-photo. Une artiste de cirque animée par la passion politique. Une comtesse libre et indomptable. Trois destins que le hasard conduit à Rome, éclatante, insaisissable, et bientôt riche en épreuves inattendues.
À travers leur histoire, le roman retrace les bouleversements qui font basculer la Rome-État des papes vers une Rome devenue capitale nationale, symbole de l’unité italienne. La ville, désormais siège des institutions civiles et du pouvoir parlementaire, quitte son ancien statut spirituel pour incarner le cœur politique et moderne du nouvel État italien.
La culture du patriarcat vue sous l’angle de trois essayistes
LABELLE, Élisabeth- Quand la politique fait fuir les femmes 186p
Rappel intéressant des combats menées par des politiciennes québécoises
MORRIGAN, Mathilde - Sans patriarcat 256p
Un angle déjà connu des normes masculines
DUPUIS-DÉRI, Francis - Les hommes et le féminisme : Faux amis, poseurs ou alliés ?128p
Des pistes d’analyse véritablement éclairantes
MOORE, Liz - Le dieu des bois Thriller/Roman social 500p
Dans un camp de vacances isolé, au cœur des Adirondacks, la disparition d’une adolescente fait resurgir une autre énigme enfouie depuis des années : celle d’un enfant volatilisé dans la même forêt. À mesure que l’enquête progresse, le roman alterne les points de vue et les temporalités, dévoilant les fractures d’une famille puissante, les silences d’une communauté et les rapports de classe qui structurent les vies autant que les mensonges.
À travers son intitulé métaphorique, le roman suggère que le bois, omniprésent, agit comme une force à part entière. Il observe sans juger, conserve les secrets et expose la fragilité humaine lorsqu’elle est privée de ses protections sociales. Le dieu des bois incarne une divinité sans visage qui n’intervient pas, ne punit pas, ne sauve pas ; elle observe.
Entre thriller psychologique et roman social, Le Dieu des bois interroge la culpabilité, la disparition et les compromissions, jusqu’à faire de la nature une divinité muette, souveraine, qui façonne les destins.
RAPP, Adam - À la table des loups Roman noir 500p
Non, ce n’est pas Le Dîner de cons. Ici, on ne rit pas : on réfléchit, on encaisse. Adam Rapp nous invite à À la table des loups. Une invitation piégée. On s’assoit, on écoute, et on attend que quelqu’un craque.
Les loups de Rapp ne hurlent pas : ils parlent. Beaucoup. Trop. Ils dissèquent leurs traumatismes transformant le narratif en séance de thérapie non remboursée. L’intrigue progresse à la vitesse d’un repas interminable où personne n’a faim mais où tout le monde insiste pour rester, par pur masochisme.
Rapp excelle dans l’art du malaise durable. Les silences pèsent, les phrases les plus anodines portent en elles une violence sourde, et le lecteur attend, en vain, qu’un événement extérieur vienne abréger l’épreuve. Non ! Vous resterez à table jusqu’au bout.
Les personnages ne vivent pas, ils commentent leur propre chute avec un sérieux implacable. Et le lecteur prend un plaisir trouble à cette autopsie des naufrages humains.
À la table des loups est un roman éprouvant, parfois insupportable. Un livre qu’on recommande, tout en espérant secrètement que les autres souffriront autant que nous. Chez les loups, le partage est une valeur sûre.